Rebondir après 50 ans, c’est possible ?

10/01/2020

C’est un véritable paradoxe : alors que la réforme des retraites annonce un prolongement de l’activité professionnelle, les seniors peinent à trouver leur place en entreprise. Quelle posture RH adopter pour maintenir leur employabilité ? Quels freins lever ? Eléments de réponse avec Mélanie Denturck, associée au cabinet Monceau Carrières.

En matière d’emploi, les seniors sont plutôt mal servis. Très mauvaise élève, la France accuse un vrai retard comparé aux autres pays européens. Une récente étude de la Dares souligne en effet que le taux d’activité des 55-64 ans en France est inférieur de 5,7 points à celui de l’Union européenne. Pourquoi un tel « senior-bashing » ?

Les perspectives d’emploi chutent avec l’âge
Avec l’avènement des nouvelles technologies, le monde de l’entreprise subit de profondes mutations, et cela impacte directement les compétences recherchées. Résultat : les perspectives d’emploi chutent avec l’âge, tandis que le chômage de longue durée et l’inactivité augmentent chez les aînés. « Malgré un marché de l’emploi des plus dynamiques, rebondir après 50 ans s’avère un challenge complexe, admet Mélanie Denturck associée au cabinet Monceau Carrières. Les cinquantenaires sont confrontés à un véritable plafond de verre, comme si l’âge, l’expérience et la maturité, avaient perdu de leur substance aux yeux des employeurs. » Une situation pour le moins paradoxale ! D’un côté, l’âge de la retraite est retardé par la réforme portée par le gouvernement. De l’autre, les entreprises demeurent réticentes à recruter les seniors. Alors que faire dans cet entre-deux ? Quels sont les leviers pour rebondir et surtout lever certains freins ?

 Oui, l’âge reste discriminant !
Il y a d’abord un véritable travail à mener auprès des entreprises pour lutter contre les stéréotypes de genre. Car oui, l’âge demeure un facteur discriminant en 2019. Selon le dernier baromètre Cegos, un salarié sur 2 déclare avoir été victime de discriminations au cours de sa carrière, concernant son âge (18%), son physique (16 %) ou son état de santé (14%). Sans grande surprise, les femmes sont davantage visées sur leur âge (21%) ou leur apparence (19%). A côté des stéréotypes, certains biais cognitifs ont également la vie dure. Dans l’inconscient collectif, un senior est forcément moins « flexible », moins « créatif » ou « technophile » ! Ajoutez à cela son « coût », « sa résistance au changement » et « la difficulté à le manager », et vous obtenez la bête noire de l’emploi ! Or rien n’est plus faux.

Plus d’expérience, moins d’absentéisme
« L’âge doit être considéré comme une opportunité et non une contrainte, prévient Mélanie Denturck. Par leur longue expérience, les seniors ont acquis une belle capacité d’adaptation. Il faut réellement valoriser ce capital compétences, qui les rend immédiatement opérationnels lors d’une prise de poste. A 50 ans, on reste encore jeune ! » Jeune… et de façon générale, en bonne santé ! Car là encore, les clichés perdurent. Les entreprises redoutent en effet l’absentéisme dû aux éventuels arrêts maladie. En réalité, l’absentéisme chez les seniors est bien moins fréquent qu’on ne le pense. Comparés à la génération « slasher », les cinquantenaires demeurent plus stables dans leur poste et présentent un moindre turnover. Plus expérimentés, plus autonomes, les seniors ont de vrais atouts en main et une belle carrière devant eux, avec au bas mot, plus de 10 ans de vie professionnelle, avant la retraite. Et 10 ans, ce n’est pas rien, surtout qu’aujourd’hui les parcours d’emploi n’ont rien de linéaires.

Rester alertes et agiles
Pour favoriser leur employabilité, plusieurs pistes ont déjà porté leurs fruits. D’abord le management intergénérationnel qui permet un transfert de compétences entre les générations, chacune apprenant l’une de l’autre.
La formation, tout au long de la carrière, est une autre clé de réussite, qui permet d’anticiper les grandes évolutions et de former les employés aux métiers de demain. « De leur côté, les seniors doivent rester agiles et alertes, estime Mélanie Denturck. Le mieux est d’apprendre à bien travailler son réseau, pour détecter et initier les opportunités sur le marché caché. »

 Loin d’être une fatalité, le « virage des 50 ans » peut enfin être une vraie chance pour « devenir ce que l’on a toujours voulu être ». Et il n’est pas rare que « les tempes grises » changent radicalement de statut, en se lançant dans l’entrepreneuriat et le conseil. « Notre rôle en tant que coach est de permettre à ces cadres expérimentés de faire tomber les croyances et surtout d’oser les dépasser ! »